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Dim, Mar

Société

Malgré son caractère illégal, entre 209.380 et 288.252 femmes âgées de 15 à 49 ans ont recourt, chaque année, à l’avortement pour mettre un terme à leur grossesse.

La Côte d’Ivoire a l’une des lois les plus restrictives au monde sur l’avortement. L’article 366 du Code pénal ivoirien stipule: “Quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres, violence ou par tout autre moyen procure ou tente de procurer l'avortement d'une femme enceinte, qu'elle y ait consenti ou non, est puni d'un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 150.000 à 1.500.000 francs. L’emprisonnement est de cinq à dix ans et l'amende de 1.000.000 à 10.000.000 de francs s'il est établi que le coupable se livre habituellement aux actes visés au paragraphe précédent. Est puni d'un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de 30.000 à 300.000 francs, la femme qui se procure l'avortement à elle-même ou tente de se le procurer, ou qui consent à faire usage des moyens à elle indiqués ou administrés à cet effet. Les personnes appartenant au corps médical ou à une profession touchant à la santé publique qui indiquent, favorisent ou mettent eux-mêmes en œuvre les moyens de procurer l'avortement sont condamnés aux peines prévues au présent article selon les distinctions portées aux alinéas 1 et 2 ...” Ce pays a pourtant signé et ratifié tous les instruments juridiques internationaux et régionaux relatifs à la protection des droits de la personne humaine en général et des droits des femmes et des enfants en particulier, dont le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, dit Protocole de Maputo.

L’article 14 dudit Protocole met à la charge des Etats parties " l’obligation de donner accès à l’avortement médicalisé aux femmes et aux filles enceintes à la suite d’un inceste, un viol ou toute autre forme d’agression sexuelle, ou lorsque la santé mentale ou physique de la femme ou de la fille enceinte est en danger ou encore lorsqu’il y a risque pour la vie de la femme, de la fille enceinte ou du fœtus". Outre sa ratification, la Côte d’Ivoire est allé jusqu’à publier le protocole de Maputo dans son Journal Officiel du 05 janvier 2012 à travers le Décret N° 2011-226. Alors que conformément à l’article 123 de la Constitution Ivoirienne du 08 novembre 2016, ‘’les traités ou Accords régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque traité ou Accord, de son application par l'autre partie ”. En un mot comme en mille, la Côte d’Ivoire a signé tous les instruments juridiques internationaux et régionaux dont l’accès aux soins complets d’avortement, mais refuse de mettre ses propres instruments juridiques aux normes. A cause, avance-t-on, ici et là, des normes religieuses et morales ivoiriennes. Conséquence d’une telle politique de l’autruche et selon l’Enquête démographique et de santé (Eds) ; 2012, rappelée par Kouakou Hyacinthe Andoh, Directeur adjoint du Programme national ivoirien de la santé de la mère et de l’enfant, le ratio de mortalité maternelle est estimé à 614 pour 100.000 naissances vivantes en Côte d’Ivoire. C’est l’un des ratios de mortalité maternelle les plus élevés de l’Afrique sub-saharienne.

La Côte d’Ivoire est dans ce domaine, la dernière de la classe ; loin derrière la Mauritanie et le Burkina Faso, par exemple. Les avortements clandestins sont l’un des facteurs de ce ratio important. A en croire l’Oms, les avortements clandestins représentent 15% des causes de décès maternels. Malgré son caractère illégal, entre 209.380 et 288.252 femmes âgées de 15 à 49 ans ont recourt chaque année à l’avortement pour mettre un terme à leur grossesse. Dans une récente étude publiée par la PMA2020, ‘’on estime que 4 à 5% des femmes en âge de procréer ont eu un avortement potentiel dans les 12 mois précédant l’enquête, soit entre 210 000 et 288 000 avortements par an en Côte d’Ivoire. Comme on le voit, ces chiffres illustrent le non-accès des femmes à certains services de santé de la reproduction, ce qui constitue un déni d’un de leurs droits les plus élémentaires. Cela pose un problème majeur, car le droit à la santé de la reproduction tel que consacré par les textes internationaux et régionaux, notamment le protocole de Maputo, implique le droit de prendre des décisions en matière de procréation sans être heurtée à la discrimination, à la contrainte ou à la violence.

Pour pallier cette problématique, le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique avec l’appui financier et technique de Ipas met en œuvre un programme pour engager toutes les parties prenantes dans le plaidoyer pour l’accès à des soins complets d’avortement. Un atelier de formation a été donc organisé, du 25 au 27 Février 2020 à l’hôtel Royal de Yamoussoukro, à l’endroit d’une vingtaine de professionnels des médias ivoiriens (journalistes web, presse papier, blogueurs, journalistes des radios de proximité, de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire, des journaux en ligne et des Organisations professionnelles des médias), en vue d’améliorer leurs connaissances en communication pour le plaidoyer en DSSR et spécifiquement pour l’accès aux soins complets d’avortements. Munis des outils de plaidoyer, acquis lors de cette formation dispensée par Appia Serge Patrick, program manager à Ipas et Mme Coulibaly N’tchin Euphrasie, épouse Kambou de Youth and community engagement associate,  ils sont aujourd’hui à même de faire des productions médiatiques, des reportages et autres enquêtes ou dossiers en faveur de l’accès à des soins complets d’avortement.

N’guessan Sylvain