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Jeu, Fév

L'école de Djigbadji, entièrement détruite, met 2552 enfants et 49 instituteurs dans la rue

Société

Le bétail volé. Les églises (catholique, Cma…), le dispensaire, l’hydraulique villageoise, les écoles dont celle de Bandikro, village-centre de plus de 20 000 habitants, tous, déboutonnés.


Dans la nuit du 15 au 16 janvier 2020, les habitants d’une cinquantaine de gros villages et campements autour de Djigbadji dit bandikro, une importante zone productrice agricole de la Région de la Nawa (la plus grande zone productrice de cacao du pays), à environ 70 km de Soubré (centre-ouest de la Côte d’Ivoire), ont été réveillés avec fracas, par des tracteurs de la Sodefor, en furie. Pour la Société de développement des forêts (Sodefor), ces sites, habités depuis les années 1960, à l’initiative du Président Félix Houphouët-Boigny, 1er Président de la Côte d’Ivoire, qui voulait y développer la culture du cacao, dont le pays est si fier aujourd’hui d’être le 1er producteur mondial, est une partie de la forêt classée de Taï ; situé à plus de 20 km de là. En outre, ces villages regorgeraient des orpailleurs clandestins. Ce que les villageois nient, pour le cas des orpailleurs. Pour eux, on avait qu’à les en extraire, si l’affirmation était fondée. Le 15 janvier, sans être informés de cette opération-commando, les villages sont pris d’assaut, avec une rare violence. La quasi-totalité des habitations sont détruites ; d’autres incendiées. Le bétail volé. Les églises (catholique, Cma…), le dispensaire, l’hydraulique villageoise, les écoles dont celle de Bandikro, village-centre de plus de 20 000 habitants, tous, déboutonnés. 2552 enfants et 49 instituteurs se retrouvent dans la rue. Pour avoir protesté, le chef du village de Djigbadji, Bogui Francis, a séjourné 15 jours en prison, à Soubré. Les habitants de ces villages dorment désormais sous les cacaoyers, aux abords des villages et campements en ruine. Ne sachant plus à quel saint se vouer, après avoir sollicité en vain, informent-ils, les autorités compétentes de la Côte d’Ivoire, une délégation des déguerpis est allé rencontrer Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda,le 22 janvier dernier, à Daoukro, pour lui faire part de leur désarroi.

Le lundi 03 février 2020, l’honorable Olivier Akoto, député de Daoukro, a fait le déplacement sur le site, pour apporter la compassion du président Bédié à tous ces milliers de sans-abris. Il avait à ses côtés, les honorables Gadou André, député d’Oukrouyo-Liliyo, Netro René, député de Méagui et de N’dri Yao, maire de la commune de Méagui. L’élu de la Nation a demandé aux planteurs de cette zone, au nom de l’ancien Président de la République, Henri Konan Bédié, de ‘’pardonner’’ et de ne pas avoir ‘’de désir de vengeance’’ ; mais plutôt de ‘’mettre tout cela dans la main de Dieu’’, qui saura les consoler de ce drame ‘’sans nom’’, qu’ils vivent. Il a saisi l’occasion pour interpeller le gouvernement ivoirien sur la tragédie des déguerpis en Côte d’Ivoire (Yopougon, Port-Bouët, Attécoubé, Yamoussoukro etc.), depuis plusieurs mois, au moment où le gouvernement du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, dit faire de la politique sociale, son cheval de bataille. ‘’Comment peut-on détruire des points d’eau, des écoles, des centres de santé…pour des populations qui vivent sur un site depuis plus de cinquante (50) ans ?’’, s’est indigné Olivier Akoto qui ajoute ne pas comprendre que le souci du gouvernement ne soit pas de recaser ces milliers de gens qu’on vide chaque jour dans le cadre des déguerpissements pour des raisons diverses. Le chef du village de Djigbadji, Bogui Francis, et les milliers de planteurs dont les maisons ont été détruites et brûlées, eux, plaident pour le lotissement de ce village-centre, pour recaser ces nombreuses populations dont certaines (notamment les femmes et les enfants), ont trouvé refuge dans les villages et campements environnants. Quant aux enseignants, ils réclament leur réaffectation et ne souhaitent plus enseigner dans la zone.

Jean Michael, envoyé spécial à Soubré