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Mer, Nov

Société

Le préjudice lié aux casses, à la veille des fêtes de fin d’année, se chiffre à plusieurs centaines de millions Cfa.


Dame Aya K., la soixantaine achevée, les yeux hagards, presqu’en pleurs, regarde, médusée, les tracteurs détruire son restaurant, ce mardi, 22 octobre 2019, matin. Ce terrain qui a servi à bâtir son restaurant, elle dit l’avoir acquis en 2008, à 02 millions Cfa. Elle et sa dizaine d’employées, assises, scrutent l’horizon, sans perspective. A la question de savoir ce qu’elle va faire maintenant, elle répond : ‘’c’est Dieu, on regarde…’’ les yeux levés vers le ciel ; sans un mot de plus.
Comme elle, tous ceux qui ont leurs commerces aux abords de la rue passant à la gare d’Attiégouakro (une sous-préfecture située à 15 km de Yamoussoukro) et menant vers l’école primaire Zaher, au quartier des 220 logements : boulangerie, transfert d’argent, caves, wc public, supermarché, boutiques, restaurants spécialisés dans la viande de brousse ; prisés par les séminaristes qui viennent d’Abidjan…, ont vu leurs magasins devenir un amas d’immondices.
Dans une ville où les usines peuvent se compter sur les doigts d’un lépreux, on imagine le chômage qui en résulterait !


Selon les explications à eux donnés qui n’ont pu être confirmées ni à la préfecture, ni à la mairie, ni au ministère de l’Equipement de l’Entretien routier, ni à l’Ageroute (le responsable était en réunion toute la journée) ; faute d’interlocuteurs, ces magasins construits depuis belle lurette, pour certains et 2017 pour d’autres, seraient construits à proximité des caniveaux. Ceux bâtis en 2017, l’ont été devant le caniveau, d’ailleurs bouché. Les restaurants d’en face, pour la plupart, construits depuis ; ce, dans le dos de la gare Utb, sont à proximité d’un grand caniveau, sur lequel il y a un grand immeuble abritant la Banque Atlantique ; rachetée depuis peu, par la Banque Populaire du Maroc. Mais seule la clôture de la Banque a été touchée par les bulldozers qui détruisaient tout sur leur passage, ce mardi 22 octobre 2019. Ce que les riverains disent ne pas comprendre.
Selon une source, les magasins ont été construits par un particulier (une entreprise), qui devait les exploiter pour un temps avant de les rétrocéder à la mairie (une sorte de Bot).


L’opération concerne une centaine de magasins pour un coût d’environ 200 millions Cfa. Mais le préjudice lié aux casses se chiffre à plusieurs centaines de millions Cfa ; à la veille des fêtes de fin d’année où certains opérateurs économiques ont contracté des crédits pour approvisionner leurs magasins et renouveler leurs stocks.
A en croire d’autres sources, les autorités municipales (qui refusent de parler, pour l’heure), n’auraient pas été informées de cette opération de déguerpissement des populations, attribuée, à tort ou à raison, à la réhabilitation de la voirie de Yamoussoukro dont les travaux ont été lancés le 18 septembre dernier, par le Président ivoirien, Alassane Ouattara, d’un coût de 34 milliards Cfa.
De fait et selon certaines commerçantes, c’est le lundi 14 octobre ; pour d’autres, le mercredi 16 octobre dernier, qu’elles ont reçu les mises en demeure ; sous 03 jours, pour quitter les lieux.


C’est pourquoi certains interlocuteurs soutiennent, mordicus, que cette opération est politique et vise à ‘’sanctionner’’ Jean Kouakou Gnrangbé, maire Pdci-Rda de Yamoussoulro, qui aurait tout fait pour la grande mobilisation des militants de son parti, le 19 octobre dernier, lors de ses journées politiques (18 et 19 octobre 2019), sur la terre du père fondateur de ce parti : Félix Houphouët-Boigny. ‘’Pourquoi ce n’est pas le maire qui nous informe que nous devons quitter les lieux alors que c’est lui qui nous a installés là’’ ? interroge K.K. opérateur économique et militant du Pdci-Rda. Puis enfonce : ‘’on sait tous, que l’objectif est de faire en sorte que les commerçants se révoltent contre le maire’’.
De plus en plus en colère, notre interlocuteur charge : ‘’on nous annonce la réhabilitation de la voirie de Yamoussoukro devenue plus qu’impraticable et abandonnée depuis la mort du ‘’Vieux’’. Depuis, on ne voit rien venir et on casse nos magasins sous prétexte qu’on veut élargir les voies déjà faites par le Président Houphouët-Boigny… Pourquoi maintenant ?’’

Clémentine Touré