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Mer, Nov

Société

Les problèmes ont commencé avec l’ouverture du Canal de Vridi (Port-Bouët), en 1951.


Grand-Bassam (commune côtière du sud du pays, à 30 km d’Abidjan), à l’instar de plusieurs communes de la capitale économique de la Côte d’Ivoire et même de l’intérieur du pays, connaissent une inondation ces derniers temps qui a occasionné des morts et de très nombreux dégâts matériels. Cette montée des eaux ‘’ affecte plusieurs centaines de bassamoises et de bassamois, avec des dommages causés aux habitations, aux écoles, aux restaurants, aux commerces, etc’’ dans plusieurs quartiers de la commune.
Les autorités de la ville ont donc décidé de loger ceux des habitants dont les maisons ont été inondées au centre de formation du Fonds de développement et de la Formation professionnelle (Fdfp). ‘’Nous avons pris des mesures d'urgences il y a 10 jours, dont les premières ont consisté notamment à obtenir du gouvernement une assistance sous la forme de vivres et produits de première nécessité aux sinistrés’’, écrit le maire Jean Louis Moulot sur sa page Facebook. Ajoutant : ‘’des centres d'hébergement d'urgence ont été mis en place, et de nombreuses familles ont pu y être recueillies. Des équipes de bénévoles, en appui aux pompiers, continuent de sillonner les quartiers et villages sinistrés pour identifier les familles nécessitant une assistance, recenser les activités impactées, et communiquer les numéros d'urgence’’. Les populations de la cité balnéaire sont invitées par le 1er magistrat de la commune, dans un élan de solidarité, à ‘’mobiliser dans l'urgence des matelas, des couvertures, des bottes (enfants et adultes), des vêtements, des denrées non périssables afin d'assister ceux de nos frères et sœurs dans le besoin’’.

Face à la colère des populations qui gronde Jean Louis Moulot invite ‘’au calme et à la retenue pour éviter d'une part de mettre à mal notre cohésion durement acquise et d'autre part de créer des situations plus difficiles.’’
Le successeur du maire Georges Philippe Ezaley sait que la colère de ses administrés est liée aux nombreuses promesses des gouvernants quant à l’ouverture de l’embouchure du fleuve Comoé, qui revient dans toutes les campagnes : présidentielle, législative et même municipale.

Le maire de Grand-Bassam vient encore de fixer une autre date : ‘’les travaux d'ouverture de l'embouchure seront effectifs dès janvier prochain comme nous le confirment nos autorités gouvernementales’’, lit-on dans son adresse aux populations de sa commune, sur sa page Facebook, reprises par de nombreux médias. Insistant même : ‘’
l'ouverture de l'embouchure ne restera pas une promesse électorale, car je vous l'ai annoncé en toute responsabilité et après avoir obtenu toutes les garanties nécessaires à sa réelle exécution’’.
Sauf que le vendredi 25 novembre 2016, à la salle de culture Jean-Baptiste Mockey de Grand-Bassam, Dr Fofana Mamadou, Conseiller à la présidence, représentant Amadou Gon Coulibaly, ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence de la République, avait annoncé, à la grande joie des Bassamois et autres amoureux de cette cité touristique, l’ouverture définitive de l’embouchure pour avril 2017. C’était lors de l’investiture du Bureau de l’Association des hôteliers, restaurateurs et agents de tourisme de Grand-Bassam (Horest).

L’ouverture de l’embouchure, a-t-il déclaré, figure parmi les principales préoccupations des bassamois et elles ne manquent aucune occasion pour le rappeler.
Le problème est d’autant plus préoccupant que l’érosion côtière, conséquence de la fermeture de l’embouchure, menace durablement l’industrie touristique de la cité balnéaire, classée au patrimoine culturel mondial de l’Unesco.
Il est bon de rappeler qu’avant 1951, l’embouchure (la fermeture du cordon littoral au niveau du fleuve Comoé qui prend sa source à Banfora, au Burkina Faso), n’avait aucun problème à curer son chenal. Les problèmes ont commencé avec l’ouverture du Canal de Vridi (Port-Bouët), en 1951. Dès lors, le débit par l’embouchure a chuté d’un 1/3 et l’ensablement par la dérive littorale, a commencé.

Depuis, plusieurs tentatives d’ouverture se sont soldées par des échecs, notamment en 1987, 1992, 1997, 1998 et 2001.
Les experts estiment que l’ouverture de l’embouchure va non seulement régler le problème d’inondation, surtout que le sol de Bassam est plat (le niveau de la mer est plus élevé que la terre ferme) et que les eaux coulent de Port-Bouët vers cette commune mais également favoriser la réduction de l’érosion côtière et l’engraissement de la plage (comme à San Pedro) ; l’amélioration de la pêche, activité principale de la Région et la destruction des végétaux aquatiques envahissants (jacinthe d’eau), qu’on constate généralement en décembre sur la lagune Ebrié.

Evelyne Ramissou