06
Ven, Déc

Société

Le temps est venu pour le gouvernement de tirer la sonnette d’alarme, de prendre maintenant le taureau par les cornes pour commencer des campagnes de prévention et de sensibilisation aussi bien dans les médias que dans les établissements scolaires.


Si l’on y prend garde, la Côte d’Ivoire émergente en plus de créer déjà une société à deux vitesses entre les riches qui s’enrichissent de plus en plus et les pauvres dont le pourcentage ne cesse d’augmenter pour avoisiner les 48% selon le dernier rapport de la Banque Mondiale malgré un produit intérieur brut (PIB) estimé à 7,6% ; est également et sûrement en train de créer une jeunesse de plus en plus attirée par la drogue. Un phénomène qui, -si rien n’est fait pour prendre les devants en mettant en place une politique vigoureuse- à n’en point douter donnera naissance dans les années à venir à une génération de toxicomanes. Des jeunes dont l’addiction risque de devenir un véritable problème de santé publique comme aux USA et autres pays occidentaux où la drogue fait des ravages dans la population surtout dans cette catégorie.

Des produits à la portée de tous
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire pour se droguer, "planer", il ne faut pas des mille et des cent. En gros, vous n’avez pas besoin d’être riches. Les prix se sont démocratisés et sont désormais à la portée de toutes les bourses. Riches comme pauvres, chacun peut y trouver son compte.
Selon les tarifs en vigueur sur le marché, vous avez le cannabis ou marijuana ou chanvre indien, pot, hash, grass ou "gandja" ou encore "gban" que les revendeurs conditionnent sous forme de boulettes dans des sachets dont les coûts varient entre 1000 et 2000 FCFA. Ses effets peuvent durer de 2 à 10 heures. Il y a ensuite le "pao". Un mélange de cocaïne (une poudre blanche tirée d’une plante appelée coca) et de marijuana qu’on "coupe" parfois (ajoute) avec d’autres produits pour le rentabiliser encore plus. Celui-là, on peut se le procurer à 1000, 1500 voire 2000 Fcfa. Les deux se consomment sous forme de cigarettes.

Vient le "crack" appelé ici "caillou " vendu entre 2000 et 3000 Fcfa. Né aux USA, il se présente sous forme de petits cailloux (cristaux) translucides, jaunes ou roux. On l’obtient en mélangeant 70 à 100% de cocaïne pure, de l’ammoniaque et du bicarbonate de soude. Alors que, celle qui est la plus utilisée ne contient que 20 à 30% de cocaïne. Il est le plus puissant et le plus dangereux dérivé de la cocaïne. Le consommateur le chauffe et en inhale les vapeurs. Cette action provoque des grésillements, des craquements d’où son nom "crack".

Enfin, vous avez les amphétamines. Des comprimés connus sous le nom de "bleu-bleu", "mamitof" et "rivo". Le dernier étant le plus néfaste. Des marchandises commercialisées aux prix dérisoires de 200 à 300 Fcfa. Ces stimulants physiques qui donnent un coup de pouce énergétique, un coup de "fouet" sur le court terme sont très répandus et très demandés dans des communautés comme celle du transport à l’exemple des balanceurs et autres chauffeurs de gbakas. Pour "planer" encore plus ou le faire perdurer, certains y ajoutent ces petits sachets d’alcool que l’on peut trouver partout sur nos marchés ou par le biais de quelques vendeurs ambulants à 50 ou 100 Fcfa.

Deux poids, deux mesures
Tous ces produits sont fabriqués selon les secteurs, les quartiers où ils sont vendus. Dans les quartiers dits riches, bourgeois (cocody, riviéra etc.), les marchandises sont de bonne ou moyenne facture. Tandis que pour les clients des faubourgs populaires, des quartiers précaires et autres bidonvilles (Yopougon Yaosséhi, Treichville sur les rails, Marcory ancien mille maquis, Gonzague, gare routière d’Adjamé etc.), on n’y accorde aucun soin. En d’autres termes : on s’en fout de la qualité ! Ce qui bien entendu crée davantage et d’immenses ravages au sein de cette population.

Livraison à domicile et location de résidences privées
Comme nombre de secteurs, le milieu s’est aussi adapté à la modernité et à la demande en hausse constante. Aujourd’hui, vous n’avez plus besoin de vous déplacer surtout pour les clients et/ou réguliers, fidèles, fortunés. Il vous suffit juste de passer un coup de fil et votre commande vous est livrée à domicile ou à l’adresse indiquée comme un produit de consommation quelconque.

Pour les membres de la pègre, les petits plats sont mis dans les grands. On leur déroule carrément le tapis rouge étant donné qu’il faut surtout et avant tout veiller à leur confort, les choyer au maximum ; leur éviter le moindre embêtement, le plus petit problème. Grands consommateurs de stupéfiants, les fournisseurs se plient en quatre pour les attirer et pour leur faire plaisir ; leur consommation quotidienne pouvant avoisiner 40 à 50.000 FCFA par personne. Et, pour protéger ce marché très lucratif, ces marchands de la mort prêts à tout, n’hésitent pas à leur louer des…résidences privées pour des locations comprises entre 10.000 et 15.000 FCFA par jour. 

En ce qui concerne les fumoirs, ils sont de moins en moins utilisés, de moins en moins en vogue à cause des multiples tracasseries dont ils font l’objet de la part des corps habillés dont certains sont leurs complices. "Partenaires" auxquels, ils versent des pots de vin, des bakchichs constants pour obtenir leur protection et qui sont leurs indics en cas de descentes. Sans oublier le racket auquel ils sont régulièrement soumis par d’autres forces de l’ordre et les rémunérations des guetteurs (2000 à 3000 par jour) chargés de les avertir en cas de descentes. Résultat : une facture assez salée même si une journée pleine peut leur rapporter jusqu’à 150 mille FCFA.
D’où, le développement et le choix des livraisons à domicile ainsi que la location de résidences privées qui sont jugées toutes deux plus bénéfiques, plus rentables et moins risquées.

Lycées et collèges : un phénomène de mode
Considérée comme un phénomène de mode dans nombre de nos lycées et collèges, l’usage du cannabis ou marijuana a explosé selon notre source. Une substance que les adolescents s’arrachent pour être à la page, dans le vent, "inn", "smart", "swagg" et pour sa sensation euphorique, de bien- être, voire d’extase mais également un sentiment d’apaisement. Vu la demande, en dehors de leurs revendeurs habituels, ils ont recruté au sein même des établissements, des élèves qui se chargent de le proposer et de le placer auprès leurs petits camarades, de leurs coreligionnaires. Et, selon lui, sur dix élèves, trois ou quatre de consommateurs occasionnels deviendront réguliers pis, se tourneront vers des drogues dures.

Provenance et origine des dealers
La marchandise provient des pays limitrophes surtout le Nigéria et sont l’affaire des Ibos. Ces mêmes Ibos qui contrôlent le marché de Cocody. Tandis que Mathieu Kompressor, dont le nom est célébré par certains artistes du coupé-décalé, fils d’un ex-commissaire, -lorsqu’il était libre avait transformé le domicile familial en fumoir- ; bien que pensionnaire aujourd’hui de la Maca, continue de régner sur Marcory, son "territoire" grâce à ses lieutenants, ses "petits" dans le jargon ivoirien. La commune d’Adjamé serait l’affaire d’un certain John.

Les conséquences sur la santé
Selon les individus, la quantité absorbée et la composition du produit, le cannabis ou "gban" peut avoir des répercussions sur le cœur en augmentant ou en accélérant le rythme cardiaque (fortes palpitations du cœur), des yeux rouges due à une activité sanguine plus élevée, une diminution de la sécrétion salivaire, une vive sensation de nausée conduisant parfois à des vomissements, des malaises, des tremblements, une angoisse sévère, une perte d’équilibre, une confusion totale, des difficultés de concentration, un sentiment d’étouffer, des problèmes scolaires, une baisse de la motivation, un isolement social, des troubles psychiques tels que l’anxiété, la dépression, la schizophrénie etc.

Quant à l’usage des amphétamines, lorsqu’ils sont pris à des fins récréatives et non thérapeutiques comme ceux proposés par ces pharmacies par terre dans nos marchés, il peut conduire l’utilisateur à développer une tolérance aux médicaments et du coup l’amener à consommer de plus en plus de drogue pour ressentir les mêmes effets. De surcroît, leur emploi à long terme peut être extrêmement dangereux et provoquer par exemple des pensées dépressives, suicidaires, des troubles de l’alimentation comme l’anorexie, une augmentation de la pression artérielle, des dommages au cerveau, une désorientation psychologique permanente ou une psychose irréversible, des infections de la vessie, une insuffisance rénale, des dommages au foie, une crise cardiaque etc.

Concernant le crack, lorsqu’on absorbe ses bouffées, le cerveau est très vite atteint et les effets sont immédiats et très puissants. Mais l’euphorie ne dure que 10 à 20 minutes contrairement à la cocaïne traditionnelle dont les suites perdurent environ pendant 1H00. Malheureusement, la dépendance peut être très vite forte et ce dès la première prise. Ses conséquences sur la santé sont catastrophiques parce que cela vous transforme un être humain en une véritable loque, un véritable "déchet" humain. Son usage régulier entraînant des dommages rapides et irréversibles sur le cerveau, de sévères dégradations des voies respiratoires, un état de fatigue psychique et physique intense, des arrêts cardiaques et/ou respiratoires pouvant allant jusqu’à la mort, etc.

Prendre le taureau par les cornes
Après plusieurs années de rumeurs, de suppositions, de supputations, on ne peut plus se voiler la face, faire l’autruche : la drogue est belle et bien dans nos murs, dans nos maisons, dans nos foyers, dans nos communes, nos villes et campagnes, dans nos lycées et collèges et touche nos enfants, notre futur. L’avenir du pays ! L’université internationale de Grand-Bassam, vide chaque année, des étudiants pour consommation de drogues.

Peu importe que les USA, les Pays-Bas, l'Uruguay, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, L’Italie, la  Suisse, la République Tchèque aient légalisé la consommation du cannabis à des fins autres que médicales tandis que le Canada autorise sa prise en petite quantité à l’instar de certains Etats de l'Inde, de la Russie, de l'Ukraine, de l'Australie, du Mexique, de l'Argentine, du Chili, du Pérou, du Paraguay ou encore de la Bolivie. Peu importe que dans certains de ces pays, seules certaines quantités allant de 5 à 25 grammes sont autorisées, peu importe que certains de ces pays n’autorisent que l’usage à domicile et non en public, leur consommation régulière est nuisible pour la santé et surtout pour les adolescents selon de nombreux thérapeutes et autres spécialistes des addictions (accoutumances) contrairement à ce que l’on veut nous faire croire.

C’est pourquoi, le temps est venu pour le Gouvernement de tirer la sonnette d’alarme, prendre maintenant le taureau par les cornes pour commencer des campagnes de prévention et de sensibilisation aussi bien dans les médias que dans nos établissements scolaires. Avant que nous ayons toute une génération sacrifiée et que cela ne devienne un vrai problème sanitaire et de société avec son corollaire de laissés pour compte, de désœuvrés, de déscolarisés, d’élèves en échec scolaire, de fous, de sans domicile fixes (SDF), de suicides, de morts par overdose, de délinquants, de gangsters etc. En effet, ils sont nombreux ceux, qui, finiront un jour par délaisser le cannabis jugé moins puissant, moins intéressant pour se tourner vers d’autres drogues plus dures. Plus addictives… Plus handicapantes… Plus dangereuses…Plus mortelles.

Chanel DION