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Ven, Aoû

Hyacinthe Atsin (médecin chef de santé scolaire et universitaire à San-Pedro) : ‘’nos jeunes s’adonnent beaucoup aux rapports sexuels non protégés’’

Société
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Aujourd’hui, le phénomène qui se développe est qu’après l’accouchement les parents exigent que les filles restent à la maison pour s’occuper de leurs enfants. 15 cas ont été déjà signalés en septembre pour cette rentrée.


Qu’est-ce qui explique la hausse des grossesses en milieu scolaire à San-Pedro ?
Nous avons plusieurs raisons. D’abord, nos jeunes s’adonnent beaucoup aux rapports sexuels non protégés, pendant les vacances et congés. De plus, les méthodes de contraceptions que nous leur proposons lors des journées de sensibilisation, beaucoup n’adhèrent pas. Il y a aussi le comportement des parents. On a eu à faire des campagnes durant laquelle on a donné des méthodes à certaines filles qui sont revenues quelques temps après nous dire que leurs parents disent d’enlever (préservatif féminin, les pilules du lendemain…).
Enfin une raison que tout le monde connait bien, la pauvreté.  On sait aujourd’hui que beaucoup de cas de grossesses surviennent dans les milieux défavorisés.

Qui sont les auteurs de ces grossesses pour la majorité des cas ?
Les auteurs, il en a plusieurs catégories. A notre niveau lorsque nous avons fait nos dépouillements, les principaux auteurs ce sont les jeunes planteurs en grand nombre, les élèves entre eux et enfin les petits métiers de la ville (les taximètres, petits mécaniciens…)

Y a-t-il eu des poursuites ou autres mesures disciplinaires contre ces personnes ?
Pour le moment il n’y a pas de poursuite. Mais dans le cas où il doit avoir des poursuites, c’est la famille d’abord qui doit engager la procédure.

Ces grossesses ont-elles des conséquences sur le cursus scolaire de ces filles ?
C’est forcé qu’il y ait des conséquences. La première conséquence c’est que pour la plus part,  il y a un arrêt de scolarité et la majorité de ces filles ont perdu une année d’étude. Aujourd’hui, le phénomène qui se développe encore est qu’après l’accouchement les parents exigent que les filles restent à la maison pour s’occuper de leurs enfants.
C’est aussi compliqué pour ces jeunes en tant que mère. C’est ça la grande conséquence, une personne qui perd une année ça fait déjà un grand retard et revenir encore à l’école, ça devient très difficile.

Est-ce qu’il y a un suivi à votre niveau jusqu’à ce que les jeunes filles accouchent ?
Pour l’instant à notre niveau on n’a pas encore ce suivi-là, c’est pourquoi on leur demande de revenir après l’accouchement.

Quels sont vos objectifs pour réduire les grossesses en cette nouvelle rentrée scolaire ?
Nous avons constaté une hausse pour l’année qui vient de s’écouler, 118 contrairement à l’année 2015-2016 qui était de 98 cas, donc nous voulons faire de cette année, "l’année de la jeunesse". 15 cas ont été déjà signalés en septembre pour cette rentrée, vous comprenez que "l’objectif zéro’’ ne fera plus partie de nos objectifs, mais accentuer notre lutte par des journées de sensibilisations afin de réduire le nombre.
Pour ces journées, nous allons inviter les filles sexuellement actives à venir prendre l’information utile et recevoir des méthodes de contraception. Nous invitons les parents d’élèves à ces différentes journées qui seront très bientôt organisées dans les établissements. Ils ont un rôle à jouer dans la lutte contre les grossesses en milieu scolaire.

Interview réalisée par M’Bakan Kouassi