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Jeu, Fév

Politique

‘’Ce n’est pas rencontrer Ouattara qui règle les problèmes des Ivoiriens’’.


En recevant, à Daoukro, le 30 Avril 2019, des Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, dans le cadre de la recherche de ‘’la préservation et de la sauvegarde d’une paix durable dans ce pays’’, Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda, en rupture de ban avec son ex-allié, Alassane Ouattara, Président ivoirien et président du Rhdp, n’a pas voulu fermer, définitivement, la porte des discussions. ‘’Au nom de la paix et de la nécessaire réconciliation entre les filles et fils de Côte d’Ivoire, je vous renouvelle mon attachement et mon adhésion au dialogue ; qui pour moi demeure « l’arme des forts », tel que nous l’a enseigné le Père fondateur de notre République, Félix Houphouët-Boigny’’, s’est engagé le Président Bédié. C’est certainement dans cette brèche que compte s’engouffrer Alassane Ouattara, qui s’est invité à la Cour royale des Baoulés, le 1er février dernier. ‘’Je suis sûr que quand il (Bédié, Ndlr), aura l’occasion de me recevoir, cela permettra de faire avancer les choses au nom de la grande famille houphouétiste que nous représentons…’’, avait-il déclaré. Une opération de communication et de charme, pour certains, du N°1 ivoirien, comme pour rejeter le refus du dialogue son ‘’aîné’’. Pourtant les actes que pose le Président ivoirien depuis le désapparentement du Pdci-Rda et la création du Rhdp sont loin de rapprocher les positions des enfants d’Houphouët-Boigny. Henri Konan Bédié l’avait signifié clairement aux Chefs traditionnels qui avaient tenté une médiation entre les deux leaders, en son temps. Pour l’ancien Président de la République ivoirienne, l’Assemblée générale constitutive du Rhdp du 16 juillet 2018 qui a créé le parti unifié Rhdp, est ‘’irrégulière’’ et ‘’convoquée par des responsables politiques du Rdr’’, alors, jusque-là, le président du présidium du Rhdp qu’il était, a été royalement ignoré.

L'appel de Daoukro et les autres
Bédié estime que ces derniers n’étaient ‘’ni qualifiés, ni compétents pour convoquer cette assemblée générale constitutive du 16 juillet 2018’’. En outre, ajoute-t-il, le projet des statuts du parti unifié prévoyait l’observation d’un délai de 12 à 18 mois, à compter de fin mars 2018 (date d’achèvement des travaux du comité de haut niveau). Cette période de 12 à 18 mois, se situant entre mars 2019 et septembre 2019, devait permettre à chaque parti politique membre du Rhdp, de se prononcer définitivement sur son adhésion ou non à ce parti unifié Rhdp. Aller s’enquérir de sa requête de ‘’maintenir le groupement politique Rhdp en l’état, tel que l’autorise la loi de 1993 sur les partis et groupements politiques’’, remise à Kandia Camara et Henriette Dagri, cadres du Rdr, à Daoukro pour Ouattara, Konan Bédié dit avoir été informé par son ‘’jeune frère’’ Ouattara, le 08 août 2018, que ‘’le parti unifié Rhdp était définitivement créé à la date du 16 juillet 2018 et que le groupement politique Rhdp était également dissout’’. Le reste est connu avec ‘’les pressions, les chantages et autres menaces exercés sur les cadres du Pdci-Rda et des autres partis politiques, les limogeages injustifiés de certains hauts responsables de l’Administration ivoirienne pour avoir refusé d’adhérer au parti unifié Rhdp’’.
Aujourd’hui encore, le logo du parti fondé par Houphouët-Boigny est ‘’outrageusement’’ confisqué par le Rhdp, parti unifié qui l’utilise à ses fins.
Une situation qui est venue en rajouter au refus de l’alternance entre le Rdr et le Pdci-Rda, malgré la promesse faite par Alassane Ouattara devant Guillaume Soro, alors Président de l’Assemblée nationale, de soutenir un candidat du Pdci-Rda à la présidentielle de 2020. Ce qui a valu à Ouattara, pourtant, d’être le candidat unique du Rhdp en 2015.

L’incarcération de Jacques Mangoua, la goutte d’eau…
Outre, ces aspects politiques qui ont sapé la confiance retrouvée en 2005, à la création du Rhdp, entre les deux leaders, l’arrestation de Jacques Mangoua, Vice-président du Pdci-Rda, président du Conseil régional de Gbèkè et probable candidat de ce parti à la présidentielle du 31 octobre 2020, au-delà des violences électorales, à Port-Bouët et surtout à Grand-Bassam, est la goutte d’eau qui a fait débordé le vase.
Le jeudi 03 octobre 2019, le Vice-président du Pdci-Rda est déclaré coupable et condamné à 05 ans de prison ferme, 05 ans de privation de liberté et 05 millions de FCFA d'amende, par le tribunal correctionnel de Bouaké (centre du pays). Le 21 septembre, le gardien de la résidence du président du Conseil régional de Gbèkè, à N'Guessankro, dans la sous-préfecture de Botro, Kouakou Yao Laurent, avait fait la découverte, en l’absence de son patron, de 991 munitions d'armes de guerre de 7,62 mm, 49 munitions de fusil calibre 12 et 40 nouvelles machettes dans la cour. Pour le tribunal de Bouaké, Mangoua n’a pas pu prouver que ce n’est pas lui qui y a entreposé ces armes. Autre point qui éloigne, chaque jour, un peu plus, la rencontre Ouattara-Bédié, est la ‘’résistance injustifiée’’ de la reine-mère à la Cour royale des Baoulés à Sakassou, Moh N’Gah Tanou Monique, créant ainsi la zizanie dans le royaume ; zizanie entretenue par certains cadres baoulés ; notamment Jeannot Ahoussou Kouadio, président du Sénat et Amédé Kouakou, ministre de l’Equipement routier, à coup de billets de banque. A cela, il faut ajouter les problèmes liés à la chefferie de Yamoussoukro.


Le processus traditionnel porté à son terme le 28 mars 2019, objet du communiqué de la Cour Royale signé par le Collège des Djèffouès ce même jour, n’est rien d’autre que l’intronisation du nouveau Roi, pour la Chaise Royale, le «Yassoua Bia». Il ne concerne en aucun cas le «Bla Bia», la chaise de la Reine-Mère.
Dès lors, les cadres Baoulé se réjouissent de l’avènement d’une nouvelle ère sous le règne de Nanan KASSI ANVO. Ils reconnaissent d’emblée son autorité en attendant de lui faire allégeance dans les meilleurs délais. En effet, son intronisation a été effectuée et officiée en parfaite conformité avec le cérémonial prescrit par les règles, usages et rites traditionnels en la matière. Malgré ces explications ‘’limpides’’ du Doyen des cadres, le ministre Paul Yao Akoto, des cadres baoulés entretiennent le flou en manipulant la presse pour faire croire que la mère de l’actuel Roi, Nanan KASSI ANVO, est la reine des Baoulés. Le Pdci-Rda qui compte de nombreux militants baoulés, y voit la main ‘’obscure’’ du pouvoir pour ‘’disperser ses brebis’’. En ce qui concerne Yamoussoukro, la famille Boigny (la famille du Président Houphouët-Boigny), et par-delà la tribu Akouè, est déchirée par une guerre de succession entre, d’un côté, Augustin Thiam, et de l’autre, Augustin Dahouët-Boigny. Le Rassemblement des Républicains (Rdr), dont il est membre, devenu Rhdp, parti unifié, soutient Thiam alors que pour Bédié, le chef de famille Boigny et de la tribu Akouè est Augustin Dahouët-Boigny.
Pour certains militants du Pdci-Rda, ce ‘’forcing’’ de Ouattara que ses ‘’partisans et lui ont traité le Président de Bédié de tous les noms depuis qu’il a refusé d’adhérer au Rhdp, parti unifié’’, cache beaucoup de chose ; notamment sa côte de popularité en berne à l’extérieur du pays et l’inquiétude, de plus en plus en plus grandissante, des Bailleurs de Fonds quant à la présidentielle d’octobre 2020.
 
Rassurer la communauté internationale et les Bailleurs de Fonds
Certains analystes pensent que le Chef de l’Etat ivoirien cherche une image ‘’forte’’, pour les rassurer ; par exemple une photo aux côtés du Président Bédié qui laisserait croire que c’est l’idylle retrouvée. Comme il l’a fait un libérant le député Alain Lobognon, en février 2019, condamné à un an de prison ferme pour « divulgation de fausses nouvelles et incitation à la haine’’, à la veille de sa rencontre avec son homologue français, Emmanuel Macron, en France.
 A la veille de son voyage au 33è sommet de l’Union africaine ‘’Ua), (06 au 10 février), les rencontres pouvoir-opposition ont ‘’miraculeusement’’ repris, comme par enchantement. Avec une photo du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly tenant la main de Pascal Affi N’guessan (Fpi) et Maurice Kakou Guikahué (Pdci-Rda) ; aux côtés d’Hamed Bakayoko, tous arborant un sourire des jours radieux. Inutile de dire que cette rencontre qui a avait pour but de mettre en place un Code électoral consensuel, pour des élections apaisées, s’est soldée par des désaccords probants.
Du coup on se rappelle cette boutade de Bédié : ‘’ce n’est pas rencontrer Ouattara qui règle le problème des Ivoiriens’’.

c'est pourquoi certains militants du parti de Bédié proposent et pour que ''cette fois Alassane Ouattara respecte sa parole donnée'' que pour qu'il y ait rencontre avec son ''aîné'', Ouattara déclare publiquement qu'il n'est pas candidat, qu'il mette fin à son désir de modifier la Constitution à moins de huit mois de la présidentielle et qu'il déclare également que le candidat du Pdci-Rda sera soutenu par le Rhdp qui ne présentera pas de candidat le 31 octobre prochain comme leur parti l'a fait pour le Rdr et le Rhdp en 2015.

Yassoua Kpangui