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Jeu, Fév

Politique

La Convention européenne des droits de l’homme qui stipule que la liberté d’une personne acquittée ne doit souffrir d’aucune restriction.

Les avocats de l’accusation semblaient, à l’audience de la Chambre d'appel de la Cour pénal international (Cpi), du 6 février 2020, dans l'affaire Procureure contre Laurent Gbagbo et Blé Goudé, lutter contre l’hydre de Lerne dont les têtes se régénéraient doublement lorsqu’elles étaient tranchées. A chacune de leurs interventions, ils semblaient fournir des arguments à la défense.

Selon les avocats de l'État de Côte d'Ivoire, la liberté dont jouissent les accusés, est largement suffisant. C’est d’ailleurs, grâce à cette liberté, estime Me Paolina Massidda, représentante légale des victimes, que Laurent Gbagbo, ex-Président ivoirien, a reçu à Bruxelles, où il vit après son acquittement par la Cpi, Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda (opposition), le 29 juillet 2019 et Pascal Affi N'Guessan, président du Front populaire ivoirien (Fpi officiel, opposition), les 3 et 4 janvier 2020. Ce qui démontre ‘’clairement’’, selon la représentante légale des victimes, qu’il n’est donc pas privé de ses droits fondamentaux.
Contre cet argument, Me Jennifer, avocate de Laurent Gbagbo, a allégué que la véritable intention des avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire, est de s’opposer, vaille que vaille, au retour de l’ancien Président de la République ivoirienne, dans son pays. Pour elle, c’est un plan commun que l’Etat ivoirien a élaboré avec l’appareil judiciaire, pour empêcher tous les opposants de se présenter aux élections présidentielles en Côte d’Ivoire en octobre 2020. C’est le sens, soutient-elle, de la poursuite contre Soro Guillaume, ancien Premier ministre, ancien Président de l’Assemblée nationale et ex-allié du Président ivoirien, Alassane Ouattara ; sans oublier et l’emprisonnement des proches de Soro ; notamment des députés, depuis que ce dernier s’est déclaré candidat à la présidentielle 2020. Antoine Glaser, journaliste écrivain et auteur avec Thomas Hofnung de « Nos Chers espions en Afrique », paru chez Fayard, a partagé cet avis sur le plateau de France 24. Pour lui « c ’est la panique que déclenche à Abidjan, un retour probable de Laurent Gbagbo ». Il ajoute que « le pouvoir ivoirien est extrêmement inquiet et fait tout pour bloquer son arrivée. Ce qui fait de ce procès à la Cpi, une affaire politique ».

Contre la réquisition du gouvernement ivoirien relative au maintien des accusés en liberté conditionnelle afin que la procédure aille jusqu'à son terme, Me Jennifer a fait diffuser une vidéo dans laquelle le président de la république de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, le 30 novembre 2019, à Katiola (capitale de la région du Hambol, centre-nord du pays), nie avoir envoyé ces avocats agissant pour le compte de la Côte d'Ivoire. Elle prie que les juges ignorent ‘’royalement’’ ces messieurs, leurs interventions et leurs arguments.
 
L’autre coup a été donné par le Juge-président Chile concernant l’intention de la Procureure Fatou Bensouda, de demander la tenue d'un nouveau procès devant une nouvelle Chambre. Il a répliqué en soutenant que cela voudrait dire qu'il faudrait de nouvelles charges contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Selon le juge Chile, les preuves déjà fournies ne sont pas suffisantes pour demander un nouveau procès.


Les différentes parties devront déposer des écrits au Greffe de la Cpi, ce 7 Février 2020, avant 16 heures.  Les juges prendront le temps nécessaire pour les analyser minutieusement afin de délibérer et communiquer la date du prononcé de leur décision. Il n’y a plus de procès. L’avenir politique de Laurent Gbagbo, est suspendu à cette décision.
Ses avocats et ceux de Ble Goudé demandent qu’ils retrouvent intégralement ses droits, conformément à la Convention européenne des droits de l’homme qui stipule que la liberté d’une personne acquittée ne doit souffrir d’aucune restriction. Me Knoops, avocat de Charles Blé Goudé, a souhaité que le juge de la Chambre d'appel, en levant les restrictions, qu'elle veille à ce qu'aucune procédure ivoirienne puisse condamner par contumace son client.

Franck TAGOUYA