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Jeu, Fév

Politique

Henri Konan Bédié avait demandé aux pouvoirs publics, le 25 mai 2019, d’entamer et de réussir, avant l’élection présidentielle d’octobre 2020, l’opération de désarmement.


Réunis en assemblée plénière au Centre Notre Dame du Rosaire de Lataha dans l’archidiocèse de Korhogo, dans le nord du pays, en présence du Nonce apostolique en Côte d’Ivoire, Mgr Paolo Borgia, des autorités politiques, administratives, religieuses et coutumières de la région du Poro, les évêques catholiques de Côte d’Ivoire ont dénoncé, le 19 janvier dernier, les nombreux obstacles qui  se dressent sur le chemin de la réconciliation, dont celui, ‘’fondamental’’ du manque de volonté ‘’sincère des antagonistes’’. Sans oublier la partialité de la Commission électorale indépendante (Cei). ‘’Comme toute compétition, les élections ont besoin d’un arbitre. De la position de l’arbitre dépend le bon déroulement de la compétition. Si l’arbitre est à la fois "joueur et arbitre", la fin de la compétition est déjà connue. Par contre, si l’arbitre n’est qu’arbitre, avec une indépendance qui ne souffre d’aucun doute, la compétition se termine paisiblement. Voilà pourquoi le rôle d’arbitre dévolu à la Cei exige son indépendance totale’’, ont-ils fait remarquer.

Pour beaucoup d’Ivoiriens et la Communauté internationale, l’orage qui s’amoncelle à l’horizon depuis le départ d’ Henri Konan Bédié du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp, coalition au pouvoir) et la traque des partisans de l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, n’augurent rien de bon et fait penser à la sinistre période post-électorale de 2010-2011, qui a fait officiellement 3 000 morts. Le 20 janvier dernier, le Bureau de l’Assemblée nationale, à la demande du Groupe parlementaire Rhdp, a levé l’immunité parlementaire de Guillaume Soro et de cinq députés qui lui sont proches. Du jamais vu en Côte d’Ivoire, entend-on. Ils sont accusés d’atteinte à l’intégrité du territoire.  A propos d’ailleurs de la Cei, qui selon les Evêques doit être ‘’à équidistance de tous ceux qui sont en compétition’’, le Nonce apostolique, Mgr Paolo Borgia, au nom du Corps diplomatique, déclarait à la cérémonie de présentation de vœux au Président Ouattara : ‘’Tous les acteurs et partenaires électoraux devraient participer au travail de la Commission électorale indépendante, conformément à la Constitution et aux standards internationaux en matière d’élections. Cela contribuera, sans aucun doute, à ce que tous se reconnaissent dans le résultat et soient prêts à collaborer avec le nouveau chef d’État légitimé par les urne’’.

En ce qui concerne la situation socio-politique délétère, relevée aussi par la Conférence épiscopale catholique, Amnesty International dénonçait, il y a peu : ‘’ils font partie des 17 personnes liées à l’opposition placées en détention à l’issue d’une vague d’arrestations menée entre le 23 et le 31 décembre 2019 à Abidjan. Treize personnes ont été inculpées de «publication de fausses informations, trouble à l’ordre public et atteinte à l’autorité de l’État. Pendant qu’ils étaient en détention, les forces de sécurité ont perquisitionné le domicile de plusieurs des détenus, sans mandat ». Pour ce qui est du désarmement, les Evêques soutiennent que des armes sont utilisées lors des affrontements communautaires. Ce qui révèlent selon eux, que ‘’le processus de désarmement tant souhaité au sortir de la crise post-électorale n’est pas allé à son terme’’. Le 25 mai 2019, Henri Konan Bédié, président du Pdci-Rda, trait sur la sonnette d’alarme : ‘’ Malheureusement, il a été constaté, comme ce fut le cas à Béoumi et ailleurs, que ces détenteurs illégaux d’armes à feu en ont fait usage, en toute impunité, contre d’autres citoyens sans défense et qui n’ont pu bénéficier Au nom de la recherche et de l’obtention d’une paix définitive et durable en Côte d’Ivoire, je ne peux clore mon intervention, sans en appeler à la responsabilité des pouvoirs publics d’entamer et de réussir, avant l’élection présidentielle d’octobre 2020, l’opération de désarmement’’. L'Autorité de démobilisation, de désarmement et de réinsertion (Addr), cité par Rti infos, affirme avoir démobilisé 53.000 ex-combattants sur 74.000. Selon plusieurs experts, ces chiffres sont exagérés pour des raisons politiques. L'Addr, une agence créée en 2012 par le gouvernement, affirme également avoir collecté plus de 30.000 armes depuis 2012.
 
Jean Michael