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Mar, Mar

Politique

Watao se distinguait par sa bienveillance envers les populations locales.


Au-delà du rebelle qu'il fut à un moment donné de sa carrière militaire, je retiens de lui qu'il fut un bon militaire. C'est à dire ce vrai soldat qui a un sens humain.
Mon premier contact avec Issiaka Ouattara dit Wattao remonte à 2007, peu avant la signature de l'Accord de Ougadougou. En compagnie de M. Kouamé Raymond, alors conseiller du Président Gbagbo, chargé des travaux de l'électrification rurale, nous nous sommes retrouvés à Bouaké pour l'identification des villages devant bénéficier de l'électrification. C'est le lieu de rappeler que la quasi-totalité des villages électrifiés récemment dans la région de Bouaké par CI-Energies ( ex-Sogepie) étaient programmés depuis 2007. Ce jour là, il nous fallait l'autorisation des autorités militaires qui avaient le contrôle de la ville. Assez de questions nous taraudaient l'esprit. Est-ce que l'ex-Comzone laissera des collaborateurs de Laurent Gbagbo (l'homme à abattre à l'époque), parcourir sa zone ? Est-ce que, est-ce que...


Contrairement à ce que nous croyions, le Commandant Wattao a été heureux de nous recevoir à son cabinet jadis logé dans les locaux de la Coopec, sis au quartier Nimbo-carrefour Baujolais. Il avait à ses côtés une charmante militaire, son garde de corps. Nous avons vu un homme simple, tout souriant et sympathique. Il a proposé mettre à notre disposition un détachement pour assurer notre sécurité. Nous avons jugé que cela n'en valait pas la peine. Il nous met alors en contact avec son aide de camp, afin que nous le joignions au cas où nous nous trouvons face à une situation difficile. Durant tout notre séjour, nous avons parcouru tous les départements de Bouaké. De Sakassou à Botro en passant par Béoumi. Nous arrivions parfois à des heures tardives dans cette zone où les coupeurs de route et bandits de tout acabit régnaient en maîtres absolus. Son aide de camp nous appelait régulièrement pour s'enquérir de nos nouvelles. Durant notre séjour, nous n'avons pas été inquiétés un seul instant. Nous sommes retournés à notre base, tel que nous sommes partis. Aussi, de mémoire de journaliste (stagiaire à l'agence Fraternité Matin de Bouaké, en 2002), je me souviens que Wattao se distinguait toujours d'avec les autres chefs de guerre. Sa bienveillance envers les populations locales ne passait pas inaperçu. Ses éléments étaient les mieux habillés (treillis bleu, rangers...) et s'identifiaient par leur style: Cheveux teints en roux, bandeau rouge attaché au front...
Quel que soit ce qu'on peut lui reprocher, je retiens que Wattao fut un bon militaire qui a marqué sa corporation.
Repose en paix soldat!

Koffi Kouamé, ex-journaliste à Fraternité Matin