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Ven, Jan

La guerre des femmes de Laurent Gbagbo fragilise son parti, le Fpi, à moins de 10 mois de la présidentielle.

Politique

Depuis sa sortie de prison, Simone Gbagbo est active sur le terrain en sillonnant, presque chaque week-end, des localités du pays, à l’invitation des militants du Fpi.


Un communiqué émanant de la direction du Front populaire ivoirien (Fpi), branche Affi N’guessan, président ‘’officiel’’ de ce parti, datant du 06 janvier 2020, informe que l’ancien Premier ministre a rencontré à Bruxelles, le vendredi 03 et le samedi 04 janvier 2020, à sa demande, le Président Laurent Gbagbo. ‘’Cette rencontre a été l'occasion pour le Président Affi d'exprimer sa solidarité au Président Laurent Gbagbo’’, note le communiqué. Qui ajoute : ‘’les deux personnalités ont fait un large tour d'horizon relativement à l'actualité nationale et à la situation interne du Fpi.’’ La gestion de l’élection présidentielle de 2010 et surtout la guerre postélectorale de 2011   avec l’arrestation des principaux dirigeants par les nouveaux hommes forts du pays, ont mis le parti de Laurent Gbagbo en lambeaux ; lui-même livré à la Cour pénale internationale (Cpi). Très rapidement, des dissensions vont apparaitre sur la ligne directrice à imprimer au parti, pour se remettre de la bourrasque. Deux positions, radicalement opposées, s’affrontent. Celle dirigée par le président sortant de ce parti : Pascal Affi N’guessan, l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, choisi par lui-même pour diriger le parti au moment où il accède ‘’dans les conditions calamiteuses’’, au pouvoir d’Etat en 2000. Les partisans de cette option sont pour une collaboration avec le nouveau pouvoir dirigé par Alassane Ouattara et son parti, le Rassemblement des Républicains (Rdr). Faisant leur, cette assertion qui dit que la politique de la chaise vide ne paye pas.

Et de rappeler qu’en 1990, alors que toute l’opposition politique de l’époque avec les Bernard Zadi Zaourou (Usd), Francis Vangah Wodié (Pit), Bamba Moriféré (Pps) et Laurent Gbagbo (Fpi), avait opté pour le boycott des élections générales pour contraindre le Président Houphouët-Boigny à entamer des réformes du code électoral (vote à 18 ans, utilisation de l’encre indélébile, bulletin unique…), ce dernier avait évoqué le fait que la politique de la chaise vide n’est pas une bonne politique pour se présenter, seul, contre le candidat de l’ancien parti unique, le Pdci-Rda. Ce qui a accru la notoriété du Fpi au détriment des partis de la gauche ivoirienne. En face, les radicaux, regroupés dans ce que d’aucuns ont appelé les ‘’Gbagbo ou rien’’ (Gor). Pour ces derniers, dirigés par Assoa Adou et Pr Armand Wognin, à travers sa plateforme Eds, tant que le leader, incarcéré hors du pays, n’est pas libéré, pas question de collaborer avec les tenants actuels du pouvoir en Côte d’Ivoire. Ceux qui, comme Amani N’guessan, ancien ministre de l’Education nationale et cadre du parti, ont voulu rapprocher les deux extrêmes, ont dû jeter l’éponge ; tant l’écart est grand ; surtout que personne ne veut faire des concessions. Les partisans d’Affi se vantent, eux, d’avoir maintenir le parti ‘’debout’’, en participant aux dernières élections générales et en faisant élire certains cadres dont lui-même aux législatives à Bongouanou et à la présidence du Conseil régional du Moronou, sa région natale.

Mais pour certains militants des deux camps, ceux qui tirent les ficelles sont les deux femmes de Laurent Gbagbo : Simone Ehivet Gbagbo (l’officielle) et Nady Bamba (la préférée de Gbagbo). ‘’C’est d’ailleurs leurs palabres qui nous fait perdre le pouvoir’’, confie une source bien introduite, qui évoque la mauvaise gestion des deux tours de la présidentielle de 2010 par ces deux Dames ‘’qui faisaient la pluie et le beau temps’’ dans l’entourage du Président Gbagbo. Bien que l’ancienne présidente du Groupe parlementaire Fpi se trouve dans le camp des Gor, Laurent Gbagbo, Nady Bamba et leurs partisans, ne veulent plus d’elle. Or, elle fait partie des membres fondateurs, d’autres diraient des piliers, du parti créé en 1983 à Dabou (à une trentaine de km au sud d’Abidjan). Depuis sa sortie de prison, elle est active sur le terrain en sillonnant, presque chaque week-end, des localités du pays, à l’invitation des militants du Fpi qui ont soif de la voir pour communier avec elle.
Le Pdci-Rda de Konan Bédié avait réussi un rapprochement avec l’ancienne Première Dame, mais il se raconte que le divorce était la condition sine qua non avant la rencontre des ex-Présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo à Bruxelles. A moins de 10 mois de la présidentielle, si l’opposition veut parler d’une seule voix ; ce qui pourrait expliquer la rencontre Gbagbo-Affi maintenant, la question Simone Gbagbo risque d’être le grain de sable que pourrait bien exploiter le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), le parti présidentiel ; sauf si elle accepte d’inaugurer des chrysanthèmes !

Clémentine Touré