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Sam, Mai

Sylvain Oré (Président) : ‘’mes ambitions pour la Cour africaine des Droits de l’Homme : efficacité judiciaire et visibilité institutionnelle’’

Politique
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Il s’agira également de lancer les fonds liés à l’assistance judiciaire pour les plus démunis. C’est l’un des défis que veut le Président de la Cadhp.

© cotedivoire-today.net - Dimanche 02 septembre 2018 - Monsieur le Président, quels ont été vos défis pendant votre premier mandat qui vient de s’achever ?
Au cours du mandat de deux ans que je viens d’achever en tant que Président de la Cour africaine, on peut dire que mes défis ont également été ceux de l’institution chargé de la justice au niveau continental africain. Il s’agit tout d’abord de dire le droit dans des procédures qui impliquent les Etats et donc forcément le principe sacro-saint de leur souveraineté. Ceci est un défi important parce qu’il implique la nécessité de réaliser un équilibre entre les droits des individus et groupes d’individus d’une part et, des Etats souverains, d’autre part.

Je peux avec bonheur vous dire qu’avec le soutien du Vice-Président de la Cour et l’ensemble des juges, nous avons relevé ce défi comme en atteste le soutien constant que nous avons reçu des Etats, y compris ceux qui étaient parties à des causes dans lesquelles nous avons rendu des arrêts qui n’étaient pas nécessairement en leur faveur. Un autre défi qui relève davantage de la gouvernance intérieure de la Cour est celui d’entretenir la cohésion entre des juges non seulement d’Etat différents mais surtout de traditions juridiques et judiciaires différentes. La richesse de nos arrêts, en particulier ceux rendus ces deux dernières années, est la preuve que nous avons su tirer de la diversité intérieure de la Cour, le meilleur parti possible pour tout le bien des justiciables, qu’ils soient des individus ou des Etats.

Quelles actions comptez-vous entreprendre durant ce second mandat ?
Mes ambitions pour la Cour pendant ce second mandat peuvent se résumer en deux mots : efficacité judiciaire et visibilité institutionnelle. Comme vous le savez sans doute, l’Union africaine est en plein processus de réformes de ses institutions dans le but ultime de la cohérence et de l’efficacité. A mon sens, la Cour doit s’aligner sur cette logique institutionnelle qu’elle avait déjà placée au cœur de sa mission lors des deux dernières années sous ma présidence. Je compte par conséquent m’assurer qu’au terme de ce nouveau mandat, la Cour soit dotée d’un certain nombre de mécanismes, d’outils, de moyens relatifs à la digitalisation des procédures qui va accélérer la finalisation des affaires.


Il s’agira également de lancer les fonds liés à l’assistance judiciaire pour les plus démunis, à la poursuite de la formation des conseils inscrits près la Cour, au fonctionnement autonome de la Cour elle-même exclusivement par les Etats membres de l’Union africaine ; bref, je compte m’employer à mettre en place les fondations d’une Cour africaine qui s’ajuste à la modernisation exigée par les développements récents de la justice internationale des droits de l’homme. Mes préoccupations majeures incluent également le lancement de la construction d’un nouveau siège propre à la Cour et le renforcement des ressources humaines impliquées directement dans notre travail judiciaire.

Enfin, je compte poursuivre les visites de sensibilisation déjà entamées depuis quelques années maintenant dans les pays qui n’ont pas encore ratifié le Protocole portant création de la Cour africaine ou fait la déclaration permettant aux individus et aux organisations non gouvernementales de saisir directement la Cour africaine.

Je tiens à rappeler que seulement 30 Etats sur les 55 Etats que compte l’Union africaine ont ratifié le Protocole. Mais l’engagement ferme que j’ai reçu de plusieurs Chefs d’Etats lors de mes missions de sensibilisation me permettent d’espérer que dans un avenir proche le mandat de la Cour couvrira le continent africain dans sa totalité permettant ainsi le renforcement et l’effectivité de la protection des droits de l’homme partout en Afrique.

Quel héritage souhaiteriez-vous laisser à la Cour à l’issue de ce dernier mandat de deux ans, en tant que Président ?

Cette question m’interpelle personnellement puisque la fin de mon second mandat en tant que Président de la Cour va coïncider avec la fin de mon dernier mandat en tant que juge. Je peux vous dire qu’au moment de quitter la Cour africaine en tant que Juge et Président, je laisserai l’héritage d’une justice africaine des droits de l’homme qui réponde à l’espérance des justiciables africaines telle qu’elle ressort de l’esprit qui a prévalu à la création de la Cour.

Il s’agit d’une Cour qui donne l’image, dans son organisation et dans son fonctionnement, que la justice a toujours un sens dans une Afrique où malheureusement les violations des droits de l’homme sont encore une réalité quotidienne. Et d’ailleurs, vous me permettrez de saisir cette tribune pour lancer un appel à vous, professionnels des médias pour accompagner mon action dans ce sens. J’en appelle également aux Etats africains qui le font déjà de continuer à croire en la Cour africaine qu’ils ont créée eux-mêmes sans pression externe. C’est à ce prix, que l’Afrique pourra être fière de la justice qu’elle rend à ses citoyens ; une justice digne de l’Afrique que nous voulons.

Source : Cadhp