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Mar, Oct

13 ans après l’incendie/Ce qu’est devenu le grand marché de Dimbokro

Economie
Typographie

A sa livraison en 1975, il y avait tout : l’eau, l’électricité, les WC…etc. Tout était gratuit, même les étals.


C’est en 1975, à la faveur de la célébration du 11e anniversaire de l’accession à l’indépendance du pays que le grand marché de Dimbokro a été construit. Il est bâti sur deux étages et est situé entre la préfecture et la Sitarail. Une artère principale longe sa devanture. Le 16 juin 2006, un incendie déclenché à l’intérieur du marché ravage le 1er et le 2e étage. Laissant les nombreux commerçants et commerçantes dans la désolation.

16 juin 2006, une date triste
Ce jour-là, l’équipe nationale de football, les Eléphants, était opposée aux  Pays bas à la coupe du monde. Aux environs de 17 heures, alors que les dimbokrofouê, à l’image de toute la Côte d’Ivoire, étaient concentrés devant leur poste téléviseur, la nouvelle parcourt toute la ville. Le grand marché est en feu. La fumée qui s’élève dans le ciel est perceptible de presque tous les quartiers de la commune. Les commerçants et de nombreux curieux accourent. Les uns pour sauver ce qui reste de leurs marchandises, les autres pour admirer le spectacle. La police est sur les lieux, les autorités aussi. Tout brûle sous le regard impuissant des uns et des autres. Il a fallu attendre 22 heures (TU), pour que les camions des sapeurs-pompiers de Yamoussoukro, appelés en renfort, pointent le nez à Dimbokro, soit  cinq heures de temps après le déclenchement de l’incendie, au moment où tout était déjà parti en fumée.

Les causes de l’incendie
Qu’est ce qui a pu faire partir en fumée cet héritage de la célébration de l’indépendance des années 75 ? A cette question qui était sur toutes les lèvres, deux raisons avaient été avancées. Un sabotage, peut-être. La plus probable, un court-circuit qui se serait produit au niveau d’un point d’alimentation électrique situé au premier étage. Petit-à-petit, le feu se serait propagé pour gagner le second étage, ravageant tout sur son passage.
Ayant pratiquement tout perdu, les commerçants de Dimbokro ont entamé des démarches auprès du gouvernement d’alors. Konan Kouadio Théodore, président des commerçants de Dimbokro relate : « l’Etat de Côte d’Ivoire a procédé, en 2009, au dédommagement des sinistrés à hauteur de 100 millions de FCFA.  Quant au marché il est resté en l’état jusqu’à ce jour ».

Un spectacle de désolation
Le spectacle qu’offrent les parties dévastées du marché n’est pas du tout reluisant. D’abord le premier étage. La dalle qui fait office de couverture du sol est déserte. La moisissure y a élu domicile sous forme rocailleuse en saison sèche. En saison pluvieuse, c'est une couverture verdâtre avec quelques champignons ici et là laissant dégager une odeur pas agréable. La dalle, même si elle résiste au temps, a commencé à s’user, laissant filtrer quelques gouttes d’eau non loin de l’espace contigu aux étales de marchandises des vendeuses. Leur cri de détresse : « voilà notre marché qui est en train de pourrir…faites quelque » nous lancent-elles pendant notre passage. Adresse aux autorités du pays pour que quelque chose soit fait.

Au second étage, même spectacle. Les ¾ du marché ont été endommagés. Ici, des herbes ont poussé à quelques endroits. Mais il serait imprudent de s’y hasarder. Car le temps a fait son effet et la dalle qui sépare ce deuxième étage du premier peut céder à tout moment. D’ailleurs, un cordon de sécurité fait de tôle est perceptible pour empêcher les populations d’y accéder. La grande couverture faite entièrement de tôle n’existe que de nom. L’effet de l’incendie l’a laissée dans un état de délabrement. Non loin, les parties qui ont échappées au feu sont occupées par des tailleurs, vendeurs de tissus et de pagnes. Notre guide, le président des commerçants, nous informe que cet espace leur était réservé depuis la création du marché.

Le regret du président des commerçants
Le spectacle qu’offre ce marché amène M. Kouadio Théodore à rester nostalgique. « Vous voyez ce qu’est devenu ce joyau architectural. A sa livraison en 1975, il y avait tout, l’eau, l’électricité, les WC…etc. Tout était gratuit même les étals. Il suffisait de s’y installer et l’espace vous appartenait » explique-t-il, nostalgique. « Tout ce confort a foutu le camp ». C’est dans les années 80, poursuit-t-il, que les taxes ont commencé à être prélevées. Son souhait est que la mairie se penche sur la situation de ce grand marché en vue de la réhabiliter.

L’espoir lié à la Visite d'Etat
Le Conseil municipal sous la conduite du maire Bilé Diéméléou Amon Gabriel, semble être préoccupé par la situation du marché. C'est pourquoi au  cours des conseils ordinaires de l’année 2017, une communication y a été consacrée. Il en ressort que les piliers, sur observation des techniciens, sont en bon état et qu’une réhabilitation partielle pouvait être faite. Un comité a donc été mis sur pied pour réfléchir sur toutes les démarches à entreprendre pour le plus grand bonheur des commerçants. Mais rien ne pointe à l’horizon jusque-là. L’équipe communale est pourtant à sa seconde mandature. Le premier magistrat de la commune dit que la réhabilitation du grand marché est un projet qui lui tient à cœur et que les négociations sont en cours afin de mettre fin à la souffrance des commerçants. La visite du chef de l’Etat, le président Alassane Ouattara est annoncée pour la dernière semaine de ce mois de septembre. Surement que ce spectacle de désolation qu’offre ce marché ne sera qu’un vieux souvenir.  En attendant cet horizon meilleur, les activités continuent de s’y dérouler.

E. ZOUHOMAN


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