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Ven, Aoû

Transport/Pouvoir des "gnambros"/On n'en peut plus !

Economie
Typographie

Il va bien falloir que nos autorités se penchent sérieusement sur ce problème en particulier et celui du transport en général, en organisant et en nous sortant des griffes de ces jeunes qui ont pris le monde du transport en otage et nous avec.


Ces individus sortis d’on ne sais où, sont apparus un jour dans nos rues et depuis comme la gangrène, ils ont envahi nos rues à notre grand désarroi et pour notre plus grand malheur.

Vendredi 16 Février. Riviéra Palmeraie. A quelques encablures du feu menant vers la Riviéra 2, Cocody etc. un camion de ramassage d’ordures stationne dans le but de vaquer à ses occupations. Mal lui en pris. Des individus assis devant des kiosques-leur QG- leur intime l’ordre de « dégager » au plus vite au motif que cette partie de la voie est réservée aux wôrôs-wôros et que leur stationnement les empêcherait de travailler. Les occupants du camion venaient à leurs yeux de commettre un crime de lèse-majesté. Et les pauvres éboueurs de se confondre en excuses, supplier presque pour qu’ils leur accordent un peu plus de temps. Tout ça sous les yeux…d’un agent de police ! Mais enfin, où sommes-nous ? Dans un état de droit ou pas ? Quel crime ces éboueurs ont-ils commis ? Où est-il écrit que des portions de route, des voies ou rues sont réservées aux seuls wôrôs-wôros ou gbakas ?

Et, c’est toujours comme ça ! Comme de la vermine, ces jeunes appelés "gnambros"-il y a deux catégories : ceux qui portent des badges et se donnent des allures de responsables, de personnes bien sous tout rapport et tous les autres- se sont répandus sur nos routes, ont pris le transport, les chauffeurs, les clients et mêmes les autres automobilistes en otage. Wôrôs-wôrôs, gbakas, taxis, véhicules personnels, ils ont réussi comme la mafia à créer un climat de peur. Parfois de terreur. Il suffit de discuter avec certains chauffeurs pour être édifié et comprendre le drame qui est le leur. Nul n’ose leur tenir tête tant ils peuvent se montrer agressifs pis violents aussi bien verbalement que physiquement. Et comme, ils le disent si bien « ça ne va pas aller quelque part ». Tant ils bénéficient de soutiens parfois au plus haut niveau, soutient-on. D’autres racontent qu’ils sont même armés.

Alors, tout le monde se tient coi pour ne pas réveiller la "bête" endormie, attiser leur colère, s’attirer leur foudre. Parce qu’ils se sont arrogés le droit de vie ou de mort sur ces pauvres chauffeurs, ils peuvent les virer manu-militari de leurs "gares", de leurs "routes", de leurs "voies", de leurs "rues". Oui, tout cela est désormais leur propriété. Abidjan et ses communes ont été mis en coupe réglée où chaque groupe sous le couvert d’un syndicat possède son "territoire", sa parcelle de pouvoir. Où il peut faire ce qui lui chante, faire la pluie et le beau temps, faire sa loi sans que quiconque n’ose lever le petit doigt. Sans que personne ne lui demande de comptes.

 Aucun chauffeur n’a le droit de se garer en dehors des clous, chercher des clients ailleurs ou péché suprême, essayer de trouver d’autres débouchés, d’autres solutions, d’autres arrêts. Dès qu’ils sentent des velléités d’indépendance, dès que des chauffeurs essaient de créer d’autres gares pour se libérer de ce fardeau, de ce joug parce que fatigués de se faire rançonner, racketter tous les jours et surtout pour fuir cet autre esclavage des temps modernes qui ne dit pas son nom, comme des vautours, ils foncent sur leurs proies, les menacent d’abord et selon leurs intérêts les interdisent ou les annexent.

Quant aux pauvres clients, ils n’ont pas droit à la parole, au moindre égard ni respect. Ils sont devenus eux-aussi les otages de ces hommes sans foi ni loi, que nombreux d’Abidjanais qualifient de « délinquants », de « bandits » et de « drogués ». Ils vous obligent à monter dans tel ou tel véhicule. A fréquenter une station, un arrêt ou un autre ou parfois vous empêche tout simplement de monter dans un véhicule sous prétexte qu’il n’est pas autorisé à prendre des passagers à cet endroit précis ou parce qu’ils refusent de verser la "rançon" exigée à chaque chargement.

Comme tout bon mafieux, ils usent et abusent de l’intimidation. Avec eux, un client lambda n’a pas le droit d’arrêter un taxi sur leur "terre" surtout si celui-ci après avoir attendu en vain une de leur voiture, se décide à en prendre un. Le client ainsi que le taxi doivent se débrouiller comme ils peuvent pour être hors de leur vue. Ils deviennent encore plus agressifs, lorsque celui-ci refuse leur offre d’embarquer certains de leurs clients. Ils n’apprécient guère non plus que des voitures personnelles stationnent sur leurs "domaines".

Bras armés de tous ces syndicats qui pullulent dans le milieu du transport, ces jeunes sont devenus un véritable os dans la gorge de nombre d’Ivoiriens obligés de prendre les transports publics qui pour aller au travail, à l’école, qui pour vaquer à ses occupations ou se déplacer. Avec le temps et l’impunité totale dans laquelle, ils baignent jusqu’où iront- ils ? N’y a-t- il personne pour les arrêter ? Les empêcher de nuire ? Redonner leur indépendance, leur liberté aussi bien aux pauvres transporteurs qu’aux usagers ? Car, si nous voulons être une nation émergente à l’horizon 2020, il va bien falloir que nos autorités se penchent sérieusement sur ce problème en particulier et celui du transport en général, en organisant et en nous sortant des griffes de ces jeunes qui ont pris le monde du transport en otage et nous avec.

Chanel Dion