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Jeu, Mai

Situation sociopolitique/La Convention de la Société Civile Ivoirienne invite le gouvernement à ‘’redistribuer équitablement les fruits de la croissance’’ pour réduire la pauvreté

Débats & Opinions
Typographie

la Csci invite le gouvernement à engager  des discussions franches avec l’opposition en vue de jeter les bases d’une vraie réconciliation susceptible de décrisper le climat social et politique.


Contexte
Mesdames et messieurs les journalistes,
je vous remercie d’avoir répondu si massivement à l’invitation de la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI). Comme cela est prescrit par nos statuts et règlement intérieur, la CSCI tient sa Convention Générale une fois par an pour faire le bilan de ses activités. Cette convention générale est souvent le moment idéal pour nous, de nous prononcer sur les sujets d’actualité et de faire des recommandations. Cette année encore, nous n’allons pas déroger à cette coutume. 


Les constats et recommandations que nous faisons s’appuient pour l’essentiel, sur les informations que nous recevons de nos Coordinations Régionales à travers le pays, de nos Organisations Membres  et des recommandations issues des Dialogues Citoyens que nous organisons au cours de l’année sur divers sujets d’intérêt national. Comme vous le savez sans doute, la convention générale ordinaire qui s’achève aujourd’hui avec cette conférence de presse a été précédée par un dialogue citoyen dont le thème général portait sur la «Situation socio politique, sécuritaire et éducative : Quelles propositions pour une nation apaisée». Ce thème général a fait l’objet d’un panel animé par des sachant.
Comme indiqué, le contenu que je vais vous livrer est l’économie de l’ensemble des recommandations faites par tous les participants à cette Convention Générale Ordinaire. 

Mesdames et Messieurs,
Depuis la fin de la crise postélectorale, le gouvernement a déployé beaucoup d’efforts aAu plan politique, économique, social et sécuritaire pour remettre le pays sur le chemin de la croissance, de la paix, de la réconciliation et de la consolidation de la cohésion sociale.
    Au plan politique, la création du cadre permanent de dialogue avec l’opposition et la création d’un ministère auprès du Président de la République, chargé du dialogue avec l’opposition. Le retour au pays  de certains exilés politiques.


    Au plan économique, un taux de croissance de presque 8% du PIB depuis au moins sept ans et l’afflux d’investissements massifs dans le pays, avec au passage, le satisfecit des institutions bilatérales et multilatérales (Banque Mondiale, FMI, BAD…).
    Au plan social et sécuritaire, la création de cadres comme la Cdvr (Commission Dialogue Vérité et Réconciliation), le Pncs (Programme National de Cohésion Sociale), la Conariv (Commission Nationale de Réconciliation et Indemnisation des Victimes)  pour booster la réconciliation nationale et consolider la cohésion sociale et la paix. Le début effectif de l’indemnisation de certaines victimes de la crise postélectorale. La conduite à son terme du programme de démobilisation désarment et réinsertion des ex combattants (Ddr).

Cependant, malgré ces actions qui sont à saluer à leur juste valeur, de nombreux défis restent encore à surmonter.
    Au plan politique, le cadre permanent de  concertation avec l’opposition ne se réunit presque plus, et cela, malgré la nomination d’un Ministre chargé du dialogue avec l’opposition. Depuis quelques mois, les dissensions supposées ou réelles, entre les partisans du Président de l’Assemblée Nationale et ceux du Président de la République ; dissensions qui se manifestent à travers des déclarations par presses interposées ne sont pas de nature à rassurer les ivoiriens et constituent même des motifs d’inquiétudes pour ces derniers.


De même, les poursuites judiciaires liées à certaines affaires de la crise postélectorale, sept ans après la fin de la crise, ne peut permettre aux ivoiriens en général et aux victimes en particulier, de fermer et d’oublier cette triste parenthèse douloureuse  de notre Histoire.
    Au plan économique, malgré le fort taux de croissance évoqué plus haut que certains pays sont tentés de nous envier, les fruits de la croissance tardent à se faire ressentir sur les conditions de vie des populations. Nombre d’ivoiriens se plaignent encore  de la cherté de la vie. En témoigne, la crise des factures de l’électricité qui a secoué le pays dans un passé récent. (Le logement, la nourriture et les charges de l’eau et de l’électricité constituent des sujets de mécontentement pour les populations).

    Au plan social et sécuritaire, on note :
-    La résurgence des conflits inter communautaires. Ces conflits se succèdent avec leurs lots de pertes en vies humaines, de blessés, de déplacés et de désespoirs pour les populations touchées ou affectées. (Azaguié, avec 2 morts et des déplacés,  Bouna avec 33 morts, 52 blessés et 2 640 déplacés  et maintenant Guiglo, avec 7 morts, 28 blessés, 2  cas de viols, 5 400 déplacés et 4 campements incendiés officiellement).

-    La situation au plan social est également marquée par les grèves dans le milieu scolaire et universitaire ; grèves liées dit-on  aux surcoûts des frais annexes d’inscription. Ce qui  a entrainé des perturbations et la suspension des cours et des activités académiques.
-    Dans la fonction publique et l’armée, les revendications salariales ont entrainé la perturbation des activités économiques et des troubles sociaux. Toutes choses qui ont amené le gouvernement,  à  revoir à la baisse le budget 2017,  même si la baisse des cours du cacao en est l’autre cause très souvent mise en avant.


-    Au niveau sécuritaire, le phénomène des enfants en conflit avec la loi communément appelés  des « microbes », constitue un sujet d’inquiétude pour les populations. De même, les coupeurs de route continuent toujours de troubler le sommeil des populations. La découverte de caches d’armes et de matériels militaires à Bouaké et dans la commune d’Attécoubé, les attaques de commissariats de police et de brigades de gendarmerie à Abidjan, Azaguié, Gagnoa, Alépé et Sassandra.
Les braquages des banques et établissements financiers, des grandes surfaces de distribution et des habitations rappellent aux ivoiriens les heures sombres de la crise récente.
Au regard de ce qui précède, la Csci note que beaucoup reste à faire sur le chemin de la construction d’une Nation apaisée. Les quelques faits ci-dessus doivent rappeler à la conscience de chacun et de tous, que même si la Côte d’Ivoire est sortie de crise, elle demeure encore un Etat fragile qui a besoin des efforts de toutes ses filles et ses fils pour une paix durable et une réconciliation véritable. C’est pourquoi la Csci  voudrait faire les recommandations suivantes.

A l’Etat et au Gouvernement
La construction d’une nation nécessite des sacrifices, c’est pourquoi,  la Csci invite le gouvernement à engager  des discussions franches avec l’opposition en vue de jeter les bases d’une vraie réconciliation susceptible de décrisper le climat social et politique ;
La CSCI invite le gouvernement à prendre des mesures  pour :
    Redistribuer équitablement les fruits de la croissance afin de réduire la pauvreté et l’écart entre riches et pauvres ;
    Construire une armée républicaine qui rassure et inspire plus de confiance aux Ivoiriens ;
    Endiguer le grand banditisme et le phénomène des coupeurs de routes pour assurer la sécurité des vivres, des biens et des personnes ;
    Diagnostiquer en profondeur la problématique liée aux enfants en conflit avec la loi ;

    Impliquer la société civile dans la réforme du secteur de la sécurité en Côte d’Ivoire ;
    Créer un cadre de concertation permanent avec les religieux ;
    Mettre en place un système éducatif performant, à moindre coût et avec des passerelles techniques de formation pour les jeunes qui sortent du système en vue d’éviter des déperditions ;
    Instaurer une adéquation entre la formation et l’emploi afin d’aller à la transformation de nos ressources ;
    Renforcer les capacités d’accueil des établissements scolaires et universitaires publiques ;

    Construire davantage des collèges de proximité afin de réduire le taux de grossesses précoces et la déperdition scolaire des élèves ;
    Construire dans chaque région des écoles spécialisées (handicaps multiples) afin de faciliter l’accès à l’éducation de tous les enfants sans discrimination aucune ;
    Faire approuver le contenu des manuels scolaires et les reformes au niveau de l’école par le parlement ;
    Veiller au maintien des manuels scolaire au moins sur cinq ans ;
    Réformer profondément la loi sur l’état civil concernant les déclarations de naissance ;
    Assurer un traitement égalitaire de tous les enfants affectés aussi bien dans les établissements publiques que privés ;
    Harmoniser l’application du système LMD au niveau national ;

    Accroitre les ressources allouées à l’éducation ;
    Mettre en place un observatoire des enseignements religieux en Côte d’Ivoire ;
    Interdire la prolifération des maquis et des hôtels autour des établissements scolaires et universitaires ;
    Endiguer la distribution de la drogue en milieu scolaire et estudiantin ;
    Interdire l’installation des sections des partis politiques dans les écoles ;
    Réduire progressivement la subvention de l’Etat dans les établissements privés au profit des établissements publics ;
    Revoir à la baisse les frais d’inscription dans les écoles et universités.

Aux partis et Groupements politiques 
Les Ivoiriens sont fatigués, ils sont vraiment fatigués des crises successives qui leur sont souvent imposées malgré eux, c’est pourquoi la CSCI voudrait vous rappeler, que vous ne pouvez gouverner la Côte d’Ivoire que si elle est en paix et en sécurité.
La CSCI vous invite à :
    agir et à poser des actes en ayant toujours à l’esprit l’intérêt national et non vos intérêts partisans afin d’éviter à la Côte d’Ivoire, une énième crise car les ivoiriens sont vraiment à bout de souffle ;
    à former vos militants au civisme et à la citoyenneté afin d’éviter les affrontements, les tueries et les destructions de biens que l’on observe après chaque élection.

Aux Organisations de la Société Civile (Osc) 
La CSCI vous exhorte à :
    travailler avec impartialité, objectivité et indépendance afin d’assurer votre crédibilité.
    contribuer à la formation, la sensibilisation et à l’éducation citoyenne des populations,
    renforcer les capacités de ses membres
    assurer le suivi et l’évaluation des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat
    renforcer le cadre de collaboration entre les associations syndicales scolaires et universitaires

Aux populations
La CSCI  rappelle que  les manifestations publiques sont un droit constitutionnel. Cependant, elles doivent se dérouler dans la paix et le respect des biens publics et privés.
La CSCI vous invite à :
    porter vos revendications quelle qu’en soit la nature, dans le respect des lois de la république ;
    collaborer avec les autorités pour endiguer le grand banditisme qui constitue une entrave à notre quiétude à tous ;
    recourir au dialogue et à la négociation et au besoin, à la justice  pour régler vos  différends afin d’éviter les conflits inter communautaires.
    demander à chaque famille de s’impliquer effectivement dans l’éducation et la scolarisation de leurs enfants ;
    susciter la création des comités de parents d’élèves dans les établissements privés ;
    Cultiver la tolérance et la solidarité pour renforcer la cohésion sociale

Je vous remercie pour votre aimable attention.

Pour la CSCI,
Mme Hélène Gnionsahé

Coordonnatrice Nationale